Dans le cadre de notre rubrique Portraits, Sophrologie Suisse donne la parole à Marine Coursimault, sophrologue caycédienne installée à Neyruz, dans le canton de Fribourg. Trésorière de notre association, elle accueille adolescents, adultes et seniors en séances individuelles et en ateliers de groupe au cabinet Sophroharmonie. Docteure en biologie cellulaire et moléculaire, mère de famille avant d'être sophrologue, elle est aussi coach en méditation pleine conscience issue du programme MBSR. Elle revient ici sur le chemin qui l'a conduite à la sophrologie, sur ce qui se passe concrètement dans une séance, et sur ce que cette méthode peut apporter aujourd'hui à toute personne qui cherche à mieux traverser sa vie.
Entretien réalisé par Igor Kopeykin, secrétaire général de Sophrologie Suisse
D'une vie de famille à une renaissance
Comment êtes-vous arrivée à la sophrologie ?
Mon parcours est un peu particulier. J'ai fait des études supérieures en biologie à Brest, un master à Rennes, puis quatre années dans un laboratoire de génétique et un doctorat en biologie cellulaire et moléculaire à Orléans. J'étais passionnée par la recherche. Mais après mon doctorat, je n'ai pas poursuivi dans le domaine. J'ai été mère au foyer pendant des années — je n'ai aucun regret, j'ai un lien très fort avec mes enfants. Mais moi, je m'ennuyais. Je n'étais pas faite pour rester à la maison. Je n'avais pas conçu ma vie pour cela. Et c'est devenu de plus en plus difficile.
Le déclencheur, c'est une épreuve de la vie d’un membre de ma famille. Cette nouvelle a fait surgir des questions en moi — sur ma propre vie. Ce n'était pas de la curiosité, c'était plutôt de la peur. Cela a révélé des fragilités plus anciennes. En ouvrant le journal un soir, j'ai vu l'annonce d'une sophrologue. Je suis allée la consulter — pour la méditation pleine conscience d'ailleurs. Mais elle m'a dit : « Non, c'est plutôt de la sophrologie qu'il vous faut. »
« Je me suis engagée, sans vraiment savoir à quoi m'attendre. J'ai utilisé mon intuition. J'ai toujours cru en ma bonne étoile. »
Et c'est devenu votre métier.
Au début, je ne pensais pas du tout en faire ma profession. J'ai fait la formation pour moi, d'abord. Pour travailler sur moi. Pour me redonner un objectif de vie, un peu de sens. Et puis, tout au long de la formation, j'ai vécu cette fameuse transformation que la méthode peut apporter. Cela m'a redonné un nouvel élan, comme une renaissance.
Mon formateur, Christian, était très pragmatique. À la fin du cycle fondamental, il nous a dit : vous pouvez vous installer. Et il nous a conseillé de prendre des gens autour de nous et de leur offrir des séances. J'ai pris cinq ou six personnes que je connaissais — je trouvais ça plus confortable. Certains ont accepté une fois, d'autres sont revenus plusieurs fois. C'est là que je me suis dit : oui, c'est ça.
L'harmonie corps-esprit en quelques séances
Le nom même de votre cabinet, Sophroharmonie, annonce l'horizon. Que recouvre cette harmonie au quotidien ?
On parle d'harmonie entre le corps, l'esprit et les émotions. Quand les gens viennent me voir, ils arrivent souvent avec beaucoup d'anxiété, d'angoisse. La sophrologie agit directement au niveau du système nerveux. Les personnes qui commencent à pratiquer le voient tout de suite — très vite, leur système nerveux autonome se rééquilibre. On parle parfois du système sympathique, qui nous met en alerte, et du système parasympathique, qui nous apaise. La sophrologie aide à rétablir le dialogue entre les deux.
En quatre ou cinq séances, en général, les gens se sentent déjà différents. Ils gèrent mieux leurs émotions, ils prennent du recul, ils ne réagissent plus sur le moment. Ce sont souvent des femmes qui ont des enfants, qui retrouvent une stabilité, un équilibre. Pour moi, c'est le début du travail. Mais c'est vrai que les pratiques du premier degré apportent déjà un certain équilibre. J'étais étonnée au départ qu'au bout de quelques séances seulement, il y ait déjà ce changement. Les gens sont pragmatiques. Quand ils sentent que ça leur fait du bien, ils savent.
« En quelques séances, les gens commencent à mieux gérer leurs émotions, à prendre du recul, à ne pas réagir sur le moment. »
Vous parlez aussi d'« alliance ». Qu'est-ce que cela signifie entre vous et la personne qui vient ?
L'alliance, je la sens dès la fin de la première séance. Si la personne revient pour une deuxième séance, c'est qu'une confiance s'est installée. Au début, on ne se connaît pas, mais on sent comme une alchimie. La première séance, c'est beaucoup l'anamnèse — la personne dépose ce qu'elle a à déposer. Et puis je propose toujours une première pratique, ça c'est important pour moi. À la fin, on décide ensemble si l'on continue. L'alliance, c'est cette communication-là : que la personne adhère à ce que je lui propose, et que je puisse répondre à ce qu'elle attend.
Surfer sur la vague
Si quelqu'un vous demandait, dans la rue, ce qu'est la sophrologie pour vous, que répondriez-vous ?
C'est d'abord une méthode pour gérer le stress et les émotions — c'est la base. Mais je parle souvent aussi de développement personnel, parce que c'est ce que j'ai vécu. C'est un cheminement. Cela permet de trouver un sens à sa vie, et de garder un cap.
On a tous des moments difficiles, ce qu'on appelle les aléas de la vie. La sophrologie permet de les traverser autrement. Au lieu de tomber dans le creux, c'est comme si on surfait sur la vague. On finit par passer à travers.
« Au lieu de tomber dans le creux, c'est comme si on surfait sur la vague. »
Cela ressemble à de la résilience.
C'est exactement ça. Être résilient, ça fait partie de la méthode. Et garder un côté positif. C'est une chose que j'ai acquise très tôt dans la formation : quand on a une pensée désagréable, ou quand un événement nous contrarie, au lieu de rester dans le négatif, on tire toujours quelque chose de positif. C'est devenu automatique. Je rebondis tout de suite au lieu d'accuser le coup. Le négatif est toujours là — c'est ce qui nous a permis, en tant qu'espèce humaine, de survivre. Mais le positif, lui, se travaille. Et quand on le travaille, on arrive à se demander : qu'est-ce qui est vraiment important pour moi ? On va à l'essentiel.
Vous évoquez aussi la confiance.
Pour moi, c'est le fil conducteur. Souvent, quand les gens viennent me voir, c'est qu'ils manquent de confiance en eux. La sophrologie travaille cela directement — on a des pratiques spécifiques. Mais surtout, quand on pratique la méthode régulièrement, la confiance vient par la pratique elle-même. On parle aussi d'estime de soi, parce que beaucoup de personnes la perdent, à un moment ou un autre. Et puis il y a tout ce qui est lié à la santé mentale aujourd'hui — le stress, les conflits dans le travail ou en famille. La sophrologie aide à trouver un certain équilibre, un équilibre corps-esprit.
« La confiance, elle vient en fait par la pratique. »
Trois mondes, une même présence
Vous accompagnez trois publics très différents : les personnes anxieuses ou en burn-out, les sportifs, et les étudiants. Comment passez-vous de l'un à l'autre ?
Ce sont effectivement trois mondes différents, mais le fil commun est le même : aider la personne à retrouver un rapport vivant à elle-même.
Pour les personnes anxieuses, en burn-out, en dépression — avec un suivi médical quand il faut — ou pour celles qui affrontent des douleurs aiguës ou chroniques, le travail porte sur le retour à l'harmonie intérieure. J'ai d'ailleurs commencé à accompagner des personnes en rémission de cancer, et puis des personnes âgées. La sophrologie a beaucoup à apporter dans ces domaines.
Pour les sportifs, c'est un terrain que je connais aussi de l'intérieur : je pratique moi-même le tennis de compétition, et j'y applique la sophrologie. J'avais commencé par accompagner ma fille au tennis quand elle avait 13 ans, c'était mon premier vrai terrain. Aujourd'hui, c'est une jeune femme étudiante, et elle pratique encore les techniques de base.
Pour les étudiants, je travaille sur la confiance, la concentration, la qualité du sommeil. J'interviens dans plusieurs cycles d'orientation du canton de Fribourg, dans le cadre des semaines thématiques, sur un format que j'ai appelé « sophrologie et préparation aux examens ». C'est une copine de tennis qui m'a soufflé l'idée — elle propose des ateliers de sushis, et m'a dit : pourquoi tu ne proposerais pas la sophro ? Voilà.
« On a tous des moments difficiles. La sophrologie permet de garder un cap. »
Qu'est-ce que la sophrologie apporte de spécifique à un sportif ?
Elle apporte de l'efficience. Quand deux joueurs sont au même niveau technique, ce qui fait la différence, c'est le mental. Le tennis, c'est un match long, en duel direct. Il faut tenir, et au-delà de la fatigue ou d'une petite douleur, le mental nous permet de nous surpasser. On parle de flow (ou état de grâce) permettant une performance optimale. C'est la loi de Yerkes-Dodson (ou théorie du U inversé) : il faut un certain niveau d'activation (dose modérée de stress) pour obtenir une performance optimale, mais c'est aussi individuel. Des sportifs auront besoin plus d'activation alors que d'autres moins. C'est dans cet équilibre, niveau de stress optimal-performance optimale, qu'on utilise tout son potentiel.
Concrètement, on travaille la confiance, la projection, la visualisation. On se prépare à la compétition en l'imaginant — le lieu, le matériel, l'ambiance. On apprend aussi à ne plus être dérangé par ce qui se passe autour de soi. Et on travaille avec ce qu'on appelle un geste signal — un geste qu'on crée en état de calme, et qu'on reproduit en situation de stress pour se détendre suffisamment et se reconcentrer. Tous les grands sportifs ont leurs routines. Rafael Nadal était un exemple particulier, car il en avait beaucoup. Les routines sont des ancres qui rassurent, qui aident à rester focus le plus longtemps possible.
Quand la sophrologie complète d'autres approches
Vous pratiquez aussi la méditation pleine conscience. Comment articulez-vous les deux ?
Je ne les mélange pas. La sophrologie est très méthodique, je la respecte telle qu'elle est. Mais je trouve qu'elles ont beaucoup de points communs : on travaille dans le moment présent pour les deux. Cela dit, je trouve la sophrologie plus riche dans le sens où l'on a les trois dimensions temporelles — passé, présent, futur. La pleine conscience est davantage centrée sur l'instant présent. Parfois, dans un atelier de pleine conscience, je peux amener un peu de sophrologie en complément. Et inversement, quand j'accueille des personnes pour la sophrologie, je parle volontiers de la pleine conscience. Pour moi, les deux dialoguent.
« Je trouve la sophrologie plus riche dans le sens où l'on a les trois dimensions temporelles — passé, présent, futur. »
Et avec le monde médical ?
C'est un point qui me tient à cœur. Je suis une journée par semaine au Centre de Santé du Sud fribourgeois, où je loue une salle de consultation à côté d'autres thérapeutes. Cela m'intéresse parce que c'est un cadre où la sophrologie peut dialoguer avec la médecine. La toute première personne qui est venue me voir là-bas était en rémission d'un cancer du sein — et c'est elle qui m'a fait comprendre que je pouvais aussi accompagner les personnes touchées par le cancer, les maladies chroniques, la douleur.
Sur le plan plus large, les psychologues et les psychiatres sont aujourd'hui débordés. On ne se substituent à eux — ce n'est pas notre rôle. Mais il y aurait quelque chose à créer, des collaborations possibles. La sophrologie peut accompagner, en complément d'un suivi médical, même d'une psychothérapie. Tout le défi, c'est de faire connaître la méthode auprès des professionnels de santé. Certains sont ouverts, d'autres moins. Mais c'est là, je crois, qu'il y a un vrai travail à mener.
Une école de vie qui suit ses pratiquants
Que reste-t-il, des années après, à une personne qui a fait de la sophrologie ?
Je peux vous le dire avec ma propre fille. Je l'ai accompagnée pour le tennis quand elle avait entre 13 et 15 ans. Aujourd'hui, elle est étudiante. Elle utilise toujours les techniques de base. Quand elle préparait une évaluation de mathématiques au Collège, elle m’avait demandé de l'aider. C'est rentré dans son quotidien. C'est devenu une boîte à outils dans laquelle elle pioche quand elle en a besoin.
J'ai un ami aussi qui est venu me voir à un moment où il démarrait un nouveau travail avec des responsabilités. Il est perfectionniste, il manquait de confiance en lui. La sophrologie l'a aidé à gérer son stress au quotidien. La méthode s'inscrit dans la durée, et reste disponible.
« Ma fille pratique toujours les techniques de base aujourd'hui. C'est rentré dans son quotidien. »
Une mission, faire rayonner
Vous êtes trésorière de Sophrologie Suisse. Comment vivez-vous cet engagement à côté de votre pratique ?
Pour moi, c'est une belle expérience. Je ne pensais pas faire partie de ce comité aussi rapidement, par rapport à mon expérience. Mais j'apprends beaucoup, et je trouve qu'il est important pour un sophrologue de faire partie d'une communauté. Nous sommes dans un moment charnière, avec un bon dynamisme dans le comité.
Selon vous, quelle est la mission de Sophrologie Suisse pour les années qui viennent ?
Faire rayonner la sophrologie, notamment auprès du grand public. Mieux faire connaître la méthode, et aussi auprès des professionnels de santé — parce que c'est l'origine même de la sophrologie. Aujourd'hui, les gens sont très stressés, angoissés. La sophrologie peut aider beaucoup plus de personnes qu'elle ne le fait actuellement.
À Fribourg, un vrai potentiel de développement
Vous êtes installée à Neyruz, en plein cœur du canton de Fribourg. Mais on sait que les sophrologues caycédiens sont historiquement plus nombreux dans les cantons de Vaud et de Genève. Comment vivez-vous cette particularité fribourgeoise ?
C'est vrai qu'à Fribourg, nous sommes moins nombreux que dans d’autres cantons romands. Une antenne avait été lancée vers 2019 par deux consoeurs qui souhaitaient rassembler les sophrologues caycédiens du canton — nous étions cinq à répondre à l'appel — mais elle n'a pas pu se développer dans la durée. Aujourd'hui, il y a un potentiel de développement certain.
Mais c'est précisément parce que nous sommes peu nombreux qu'il y a énormément à faire ici. Je le constate à travers les démarches que j'ai entreprises ces dernières années. Je suis allée frapper à la porte de l'hôpital psychiatrique du canton de Fribourg à Marsens, pour proposer la sophrologie comme méthode alternative et soutien aux patients. J'ai obtenu un entretien qui ne sait pas concrétisé. Je suis aujourd'hui présente au Centre de Santé du Sud fribourgeois, à l'HFR à Riaz, qui accueille différentes thérapies complémentaires. J'interviens également dans plusieurs cycles d'orientation du canton pendant les semaines thématiques.
Et je crois que la santé mentale est aujourd'hui un enjeu majeur de santé publique — au niveau du canton comme de la Confédération. La sophrologie a beaucoup à apporter dans ce domaine. Le potentiel est là. Il faut donc oser aller frapper aux portes, expliquer ce que la sophrologie peut apporter, et donner envie aux personnes concernées.
« Le potentiel est là. Il faut donc oser aller frapper aux portes. »
J'espère que les sophrologues caycédiens qui se forment aujourd'hui et qui viennent du canton trouveront ici aussi leur place. Avec, je crois, un vrai potentiel de développement.
Pour qui voudrait pousser la porte
Concrètement, comment se déroule une première rencontre ?
J'aime bien avoir un premier contact téléphonique avant la venue au cabinet. Cela permet déjà de voir quelle est la problématique de la personne, et si la sophrologie peut vraiment lui convenir. C'est une première façon de filtrer, pour que la personne ne vienne pas pour rien.
La première séance en cabinet est un peu particulière : elle inclut une anamnèse — je demande pour quelles raisons la personne vient. Et je fais toujours une première pratique, c'est important pour moi. À la fin, on décide ensemble si l'on continue, et avec quel rythme. Souvent, je propose un certain nombre de pratiques en fonction de la problématique.
Pour les ateliers de groupe — en sophrologie caycédienne ou en méditation pleine conscience — l'inscription se fait directement en ligne sur le site. Même si souvent, les personnes me contactent avant par e-mail ou par téléphone. C'est plus accessible en termes de prix qu'une séance individuelle, et l'engagement est plus simple.
« Une méthode simple, efficace, qui n'a besoin ni de matériel ni de vêtements particuliers, accessible à tout âge, facilement reproductible chez soi. Et qui peut vraiment aider à traverser les difficultés de la vie. »
Un mot pour quelqu'un qui hésiterait à pousser votre porte ?
J'aime bien reprendre cette parole du Dalaï-Lama : « Le vrai bonheur ne dépend d'aucun être, d'aucun objet extérieur. Il ne dépend que de nous. » La sophrologie, c'est une méthode scientifique, structurée et accessible à tous et toutes. Elle donne aux personnes qui pratiquent les outils pour se reconnecter à soi. Il ne vous reste plus qu'à l'essayer !
Pour toute information complémentaire ou prise de rendez-vous, vous pouvez consulter le profil de Marine Coursimault sur notre plateforme, ou son site personnel www.sophroharmonie.ch. Pour les ateliers de groupe, www.sophroharmonie-mc.ch.